« Comme après tout il n'y a pas impossibilité complète que la pièce
soit jouée un jour ou l'autre, d'ici dix ou vingt ans, totalement ou
en partie, autant commencer par ces quelques directions scéniques. (…)
Dans le fond la toile la plus négligemment barbouillée, ou aucune,
suffit. Les acteurs de chaque scène apparaîtront avant que ceux de la
scène précédente aient fini de parler. (…) Les indications de scène,
quand on y pensera et que cela ne gênera pas le mouvement, seront ou
bien affichées, ou lues par le régisseur ou les acteurs eux-mêmes. (…)
S'ils se trompent, ça ne fait rien. Un bout de corde qui pend, une
toile de fond mal tirée sera du meilleur effet. Il faut que tout ait
l'air provisoire, en marche, bâclé, incohérent, improvisé dans
l'enthousiasme ! Avec des réussites, si possible, de temps en temps,
car même dans le désordre il faut éviter la monotonie.
L'ordre est le plaisir de la raison : mais le désordre est le délice
de l'imagination.
Je suppose que ma pièce soit jouée par exemple un jour de Mardi-Gras à
quatre heure de l'après midi. Je rêve une grande salle chauffée par un
spectacle précédent, que le public envahit et que remplissent les
conversations. Par les portes battantes on entend le tapage sourd d'un
orchestre bien nourri qui fonctionne dans le foyer. (…)
Peu à peu, le silence se fait. »
|